Rôle de la vitamine d et du soleil dans la prévention de nombreuses maladies et comment éviter les carences

Rôle de la vitamine d et du soleil dans la prévention de nombreuses maladies et comment éviter les carences

Il est 8h, vous partez au travail. Vous traversez le parking, veste sur le dos, casque sur les oreilles. Quelques minutes de lumière, puis vous passez le reste de la journée dedans : open space, néons, pause déjeuner devant l’ordinateur, retour à la maison une fois le soleil couché. Le week-end, vous « récupérez »… souvent à l’intérieur aussi.

Si ce scénario vous parle, il y a de fortes chances que votre vitamine D soit dans les chaussettes. Et pourtant, cette petite vitamine activée par le soleil joue un rôle dans vos os, vos muscles, vos défenses immunitaires, et peut même influencer votre risque de certaines maladies chroniques.

Dans cet article, on va voir ce que fait réellement la vitamine D, ce que montre la science (sans promesses miracles), et surtout comment éviter une carence de façon simple et réaliste, sans passer sa vie à bronzer ni avaler des compléments au hasard.

Vitamine D : à quoi elle sert vraiment ?

On connaît la vitamine D pour les os, mais elle ne s’arrête pas là.

Ses rôles principaux :

  • Fixation du calcium et du phosphore : indispensable pour des os solides et la prévention de l’ostéoporose.
  • Fonction musculaire : une carence augmente le risque de chutes, notamment chez les seniors.
  • Système immunitaire : elle participe à la réponse immunitaire, notamment contre les infections respiratoires.
  • Inflammation et métabolisme : elle intervient dans la régulation de certains processus inflammatoires et métaboliques.

Les études récentes montrent des liens entre un bon statut en vitamine D et :

  • un risque réduit de fractures, notamment chez les personnes âgées ;
  • une réduction modérée du risque d’infections respiratoires aiguës (rhumes, bronchites, parfois pneumonies), surtout chez les personnes très carencées ;
  • un possible rôle dans la réduction du risque de certaines maladies auto-immunes (comme la sclérose en plaques), même si la relation n’est pas entièrement comprise ;
  • un lien avec la santé cardiovasculaire et métabolique (diabète, hypertension), mais les résultats sont encore hétérogènes.

En résumé : la vitamine D n’est pas un bouclier magique, mais un facteur de terrain important pour vos os, vos muscles et votre immunité. L’objectif n’est pas d’en avoir « beaucoup », mais d’éviter de manquer.

Pourquoi sommes-nous si nombreux à être carencés ?

En France, on estime qu’une grande partie de la population a une insuffisance en vitamine D, surtout en fin d’hiver. Plusieurs raisons à cela :

  • Manque d’exposition au soleil : beaucoup de personnes passent plus de 90 % de leur temps en intérieur.
  • Latitude : l’hiver, au-dessus d’une certaine latitude, les UVB ne sont pas assez forts pour permettre une synthèse efficace de vitamine D, même s’il fait beau.
  • Peau couverte : vêtements longs, chapeaux, écrans solaires très couvrants réduisent la synthèse.
  • Peau foncée : plus la peau est foncée, plus elle filtre les UV. Il faut donc davantage de temps d’exposition pour produire la même quantité de vitamine D.
  • Âge : la peau produit moins de vitamine D en vieillissant.
  • Alimentation pauvre en sources de vitamine D : le poisson gras est peu présent dans de nombreux régimes alimentaires.

Résultat : même des personnes qui « sortent de temps en temps » peuvent se retrouver en déficit, surtout entre janvier et avril.

Vitamine D et prévention des maladies : ce que dit la science

On lit beaucoup de choses sur la vitamine D : protectrice contre tous les cancers, les infarctus, les dépressions… La réalité est plus nuancée.

Ce qui est bien établi :

  • Prévention du rachitisme chez l’enfant : sans vitamine D, l’os se forme mal.
  • Prévention de l’ostéomalacie et des fractures chez l’adulte, surtout associée au calcium chez les personnes âgées carencées.
  • Réduction modérée du risque d’infections respiratoires chez les personnes très carencées, grâce à une complémentation adaptée.

Ce qui est probable mais encore discuté :

  • Rôle dans certaines maladies auto-immunes (sclérose en plaques, polyarthrite rhumatoïde) : corrélations nettes, mais causalité pas complètement prouvée.
  • Impact sur la santé cardiovasculaire : des taux très faibles sont associés à plus de risques, mais les essais de supplémentation donnent des résultats mitigés.
  • Influence sur la santé mentale (humeur, dépression) : plusieurs études montrent un lien, mais là encore, ce n’est qu’un facteur parmi d’autres.

Ce qui n’est pas prouvé ou trop exagéré :

  • Supplémentation en vitamine D pour « éviter tous les cancers ».
  • Vitamine D comme traitement unique de dépression, fatigue chronique, douleurs diffuses.

Ce qu’il faut retenir : corriger une carence améliore clairement la santé osseuse et musculaire, et aide le système immunitaire. Le reste est un bonus possible, mais pas garanti. L’objectif: être dans la zone « suffisante », pas de battre des records de dosage.

Comment le soleil permet de fabriquer la vitamine D ?

La vitamine D est un peu particulière : c’est la seule vitamine que notre peau peut fabriquer sous l’effet du soleil, plus précisément des rayons UVB.

Le principe :

  • Les UVB transforment un précurseur présent dans la peau en vitamine D3.
  • Cette vitamine D3 est ensuite activée par le foie puis les reins.

Mais plusieurs facteurs modifient la quantité produite :

  • Saison : en hiver, surtout au nord de la France, la synthèse est très faible voire quasi nulle.
  • Heure de la journée : les UVB sont plus forts entre 11h et 15h.
  • Surface de peau exposée : bras, jambes, visage… plus la surface est importante, plus la synthèse est élevée.
  • Type de peau : une peau très claire produit plus vite, une peau foncée nécessite plus de temps.
  • Crème solaire : une protection à indice élevé appliquée en couche épaisse bloque une grande partie des UVB.

À noter : même une courte exposition répétée, bien dosée, peut suffire à fabriquer des quantités intéressantes de vitamine D, tout en limitant le risque de coups de soleil.

Combien de soleil faut-il pour la vitamine D… sans se brûler ?

Ici, on parle de prévention des carences, pas de bronzage intensif.

En pratique, pour une personne à la peau claire vivant en France, entre avril et septembre :

  • 10 à 20 minutes d’exposition, 3 à 4 fois par semaine, sur le visage, les avant-bras et éventuellement les jambes, aux heures où le soleil est modéré (avant 11h ou après 16h) peuvent déjà contribuer de façon significative.

Pour une peau plus foncée, il faut souvent 2 à 3 fois plus de temps pour une synthèse équivalente.

Quelques repères concrets :

  • Sortez sans forcément vous mettre torse nu : manches relevées, quelques minutes sur un banc au soleil pendant la pause, marche active pour aller chercher le déjeuner.
  • li>Évitez de « griller » en plein midi sans protection. Les coups de soleil augmentent le risque de cancer de la peau.

  • En cas de peau très claire, d’antécédents de cancers cutanés ou de traitement photosensibilisant : parlez-en avec votre médecin, l’équilibre bénéfice/risque du soleil doit être individualisé.

Important : de octobre à mars, sous nos latitudes, même si le soleil brille, la synthèse cutanée de vitamine D est très faible. On dépend alors davantage de l’alimentation et, chez beaucoup de personnes, d’une supplémentation.

Et l’alimentation dans tout ça ?

L’alimentation apporte généralement moins de 20 % de nos besoins en vitamine D, mais elle reste importante, surtout en hiver.

Les principales sources alimentaires de vitamine D :

  • Poissons gras : saumon, maquereau, sardines, hareng.
  • Foie de morue et son huile (attention au surdosage si prises régulières et non encadrées).
  • Jaune d’œuf.
  • Produits laitiers enrichis en vitamine D (certaines margarines, laits, yaourts).

Repères pratiques (des ordres de grandeur) :

  • 100 g de saumon peuvent contenir entre 5 et 15 µg (200 à 600 UI) de vitamine D selon l’origine.
  • 2 œufs apportent environ 2 à 3 µg (80 à 120 UI).

Les recommandations générales tournent autour de 600 à 800 UI par jour pour un adulte (15 à 20 µg), plus en cas de facteurs de risque. Par l’alimentation seule, c’est difficile à atteindre tous les jours sans consommer souvent du poisson gras.

Stratégie réaliste :

  • Visez 2 portions de poissons gras par semaine (ex : sardines le lundi, saumon le vendredi).
  • Intégrez des œufs régulièrement si vous les tolérez.
  • Choisissez éventuellement des produits enrichis en vitamine D si vous en consommez déjà (sans en faire votre seule stratégie).

Suppléments de vitamine D : à qui, comment, combien ?

Dans la vraie vie, pour beaucoup de personnes, l’exposition solaire + l’alimentation ne suffisent pas, surtout en hiver ou en cas de facteurs de risque. C’est là que les compléments ont leur place.

Les situations où la supplémentation est souvent recommandée (à adapter avec votre médecin) :

  • Nourrissons et jeunes enfants : supplémentation quasi systématique, car leurs besoins sont élevés.
  • Personnes âgées, en particulier en institution ou peu exposées au soleil.
  • Peaux foncées vivant dans des pays peu ensoleillés.
  • Personnes obèses (la vitamine D est stockée dans le tissu adipeux et moins disponible).
  • Maladies chroniques de l’intestin, du foie ou des reins, qui diminuent l’absorption ou l’activation de la vitamine D.
  • Personnes très peu exposées (travail de nuit, photoprotection stricte, vêtements couvrants).

Formes et posologies fréquentes :

  • Vitamine D3 (cholécalciférol) en gouttes ou en ampoules buvables.
  • Stratégie souvent utilisée en France : prise ponctuelle à dose unitaire (tous les 1, 2 ou 3 mois) ou prise quotidienne/hebdomadaire à plus faible dose, surtout en cas de risque élevé ou de carence documentée.

Point important : plus n’est pas mieux. Des doses massives prises en une fois, sans indication, peuvent être inutiles voire contre-productives.

Idéalement :

  • Parlez-en à votre médecin traitant, surtout si vous avez des maladies chroniques ou prenez plusieurs traitements.
  • En cas de doute, un dosage sanguin de la vitamine D (25-OH vitamine D) permet de vérifier votre statut.

Signes d’alerte d’une carence en vitamine D

La carence peut être silencieuse, mais certains signes doivent vous mettre la puce à l’oreille :

  • Douleurs diffuses des os ou des muscles, parfois mal localisées.
  • Crampes, fatigabilité musculaire, difficultés à se lever d’une chaise sans s’aider des bras chez les personnes âgées.
  • Fractures à faible traumatisme (chute banale, choc léger).
  • Chez l’enfant : retard de croissance, déformations osseuses (rachitisme), douleurs des membres.

Ce ne sont pas des signes spécifiques, mais s’ils s’installent dans un contexte de faible exposition solaire, de régime pauvre en poisson gras ou de maladies intestinales, la vitamine D fait partie du bilan à envisager.

Consultez sans tarder si :

  • vous avez des douleurs osseuses importantes ou prolongées ;
  • vous faites des chutes fréquentes ou des fractures inexpliquées ;
  • un enfant présente des déformations des jambes, du thorax, ou un retard de croissance marqué.

Plan d’action simple pour éviter les carences

Pour vous aider à hiérarchiser, voici un plan en 3 niveaux, du plus simple au plus ciblé.

Niveau 1 : les gestes de base pour tout le monde

  • Sortir un peu chaque jour : 10 à 20 minutes à l’extérieur (marche, pause, trajet à pied) dès que la météo le permet.
  • Découvrir un peu la peau sans se brûler : avant-bras, éventuellement jambes au printemps/été.
  • Intégrer 2 portions de poissons gras par semaine dans votre alimentation.
  • Ne pas chercher à « compenser » un hiver entier en se surexposant au soleil l’été.

Niveau 2 : en cas de facteurs de risque

  • Si vous avez la peau foncée et vivez en France : discutez d’une supplémentation avec votre médecin, surtout de novembre à mars.
  • Si vous travaillez toujours en intérieur et sortez peu : inscrivez dans votre agenda 3 à 4 « pauses lumière » par semaine (marche de 15 minutes en extérieur).
  • Si vous êtes senior ou avez déjà fait une fracture : parlez de votre vitamine D à votre médecin, qui évaluera l’intérêt d’un dosage et d’une supplémentation prophylactique.

Niveau 3 : individualisation médicale

  • En cas de maladie digestive chronique (Crohn, maladie cœliaque, chirurgie bariatrique, etc.), de maladie hépatique ou rénale, le schéma de supplémentation doit être adapté par un professionnel.
  • Si vous avez un traitement au long cours (corticoïdes, antiépileptiques, certaines hormonothérapies), un bilan de vitamine D peut être pertinent.
  • En cas de carence prouvée par prise de sang, un schéma de rattrapage puis d’entretien est souvent proposé.

Et le risque de surdosage, faut-il s’en inquiéter ?

Oui, un surdosage chronique en vitamine D est possible, mais il survient surtout en cas de prises prolongées de doses très élevées sans suivi médical.

Les risques principaux :

  • Excès de calcium dans le sang (hypercalcémie) : fatigue, nausées, troubles digestifs, confusion, troubles du rythme cardiaque.
  • Atteinte des reins, avec risque de calculs rénaux ou de dégradation de la fonction rénale.

En pratique :

  • Respectez les doses prescrites ou recommandées.
  • Évitez de cumuler plusieurs compléments contenant de la vitamine D sans le savoir (multivitamines, compléments « immunité », etc.).
  • Si vous prenez de très fortes doses (pour une carence sévère) : un suivi médical est indispensable.

Ce qu’il est raisonnable d’attendre de la vitamine D

La vitamine D ne remplace ni une alimentation équilibrée, ni l’activité physique, ni le sommeil ou l’arrêt du tabac. Elle s’intègre dans un ensemble.

En ayant un statut correct en vitamine D, vous mettez davantage de chances de votre côté pour :

  • préserver la solidité de vos os et réduire le risque de fractures ;
  • maintenir une fonction musculaire satisfaisante, notamment en avançant en âge ;
  • soutenir vos défenses immunitaires, surtout en hiver, en particulier si vous étiez très carencé.

La meilleure stratégie reste combinaison de :

  • lumière naturelle raisonnable et régulière,
  • alimentation incluant des sources de vitamine D,
  • supplémentation ciblée quand c’est nécessaire, encadrée plutôt qu’improvisée.

À partir de là, la question utile n’est plus : « Est-ce que la vitamine D guérit tout ? », mais plutôt : « Suis-je dans une zone de carence évitable, et que puis-je faire, concrètement, cette semaine, pour y remédier ? »

Un premier pas simple : regardez votre semaine type. Si le soleil n’y a quasiment aucune place et que le poisson gras est un invité très rare dans votre assiette, c’est le moment d’en parler à votre médecin et de mettre en place quelques changements, petits mais réguliers. C’est souvent là que se joue une vraie prévention.