Exercice hypopressif : mode d’emploi pour un ventre plat et un périnée renforcé

Exercice hypopressif : mode d’emploi pour un ventre plat et un périnée renforcé

Le scénario classique : du gainage, des crunchs… et un ventre toujours gonflé

Vous faites des abdos, vous faites attention à ce que vous mangez… et pourtant, votre ventre reste un peu rebondi. Pire : après une grossesse, une chirurgie abdominale ou simplement avec l’âge, vous avez l’impression que le bas du ventre ne « rentre » plus comme avant. Parfois, s’ajoutent quelques fuites urinaires à l’effort, une sensation de lourdeur pelvienne ou des douleurs lombaires.

Face à ça, beaucoup de gens augmentent les séries de crunchs et de gainage classique. C’est souvent l’inverse de ce qu’il faut faire. Pourquoi ? Parce que ces exercices augmentent la pression à l’intérieur du ventre et peuvent fragiliser le périnée au lieu de le protéger.

C’est là qu’entrent en jeu les exercices hypopressifs. On les présente souvent comme la technique miracle pour « ventre plat » et « périnée en béton ». La réalité est intéressante… mais un peu plus nuancée. On fait le point, et je vous propose un mode d’emploi concret et sécurisé.

Exercices hypopressifs : de quoi parle-t-on exactement ?

Les exercices hypopressifs sont des exercices de respiration et de posture qui ont un objectif principal : diminuer la pression à l’intérieur de l’abdomen tout en sollicitant en profondeur :

  • le muscle transverse (la « ceinture » abdominale interne)
  • le périnée (le plancher pelvien)
  • les muscles posturaux du dos

Visuellement, ça ressemble à une « fausse inspiration » thoracique : vous videz complètement vos poumons, vous bloquez la respiration, puis vous ouvrez la cage thoracique comme pour inspirer… mais sans laisser entrer d’air. Le diaphragme remonte, la pression dans le ventre baisse, et les organes sont légèrement « aspirés » vers le haut.

Résultat attendu :

  • un travail en profondeur des abdos sans pression vers le bas
  • un soutien du périnée, au lieu de l’écraser comme certains abdos classiques
  • une amélioration de la posture et du maintien

Important : ce ne sont pas des abdos « visibles » type tablette de chocolat. On travaille surtout les muscles profonds, ceux qui tiennent le ventre et le dos.

Ventre plat : ce que les hypopressifs peuvent (et ne peuvent pas) faire

Les promesses marketing autour des exercices hypopressifs sont souvent excessives. Mettons les choses au clair.

Les exercices hypopressifs peuvent vous aider à :

  • mieux contrôler votre sangle abdominale au quotidien (tenir debout, porter, marcher)
  • réduire la sensation de ventre gonflé liée à un manque de tonicité profonde
  • améliorer la posture, ce qui change déjà beaucoup l’apparence du ventre

En revanche, ils ne peuvent pas :

  • faire disparaître la graisse abdominale à eux seuls (ça, c’est alimentation + activité physique globale)
  • remplacer complètement une rééducation du périnée chez le kiné ou la sage-femme si elle est nécessaire
  • corriger comme par magie une diastasis (écartement des grands droits) très important

Autrement dit, oui, les hypopressifs peuvent contribuer à un ventre plus plat, mais en travaillant le « maintien » plutôt que la perte de graisse. Ils sont particulièrement intéressants si vous avez :

  • un léger relâchement abdominal après grossesse
  • des lombalgies liées à un manque de gainage profond
  • une journée de travail très sédentaire, avec une posture affaissée

Le périnée : le grand oublié des programmes abdos

Le périnée, c’est ce hamac de muscles au fond du bassin qui soutient la vessie, l’utérus, le rectum. Quand il est affaibli, on peut avoir :

  • des fuites urinaires à l’effort (toux, rire, course, sauts)
  • une sensation de pesanteur dans le bas du bassin
  • des envies fréquentes d’uriner

Or, tous les abdos ne se valent pas pour le périnée. Certains exercices augmentent la pression dans le ventre et la transmettent vers le bas, directement sur ce plancher pelvien déjà fragilisé. C’est le cas notamment de :

  • les crunchs classiques (relevés de buste)
  • les relevés de jambes tendues
  • les gainages mal contrôlés (planche avec ventre qui « tombe »)

Les exercices hypopressifs, eux, ont été pensés à l’inverse : diminuer la pression tout en activant les muscles qui soutiennent les organes de l’intérieur. Des études montrent qu’ils peuvent améliorer certains symptômes de dysfonction du plancher pelvien, surtout s’ils sont intégrés dans un protocole global encadré par un professionnel (kinésithérapeute spécialisé, sage-femme).

Attention : en cas de prolapsus (descente d’organe) ou de fuites importantes, on ne s’improvise pas thérapeute de soi-même. Les hypopressifs peuvent être une aide, mais pas sans avis personnalisé.

Qui peut pratiquer les exercices hypopressifs… et qui doit les éviter ?

En règle générale, les exercices hypopressifs peuvent être utiles pour :

  • les femmes après une grossesse (une fois la rééducation périnéale commencée ou terminée, selon l’avis du professionnel)
  • les personnes avec lombalgies chroniques liées à un manque de gainage profond
  • les sportifs qui veulent renforcer la sangle profonde sans surcharger le périnée
  • les personnes sédentaires avec posture affaissée et sensation de ventre relâché

En revanche, ils sont déconseillés ou à pratiquer uniquement sous supervision dans les situations suivantes :

  • grossesse en cours (la manœuvre en apnée n’est pas adaptée)
  • hypertension artérielle mal équilibrée
  • pathologies cardiaques non stabilisées
  • glaucome ou certaines maladies oculaires sensibles aux variations de pression
  • hernie abdominale ou inguinale connue, non prise en charge

Dans le doute, demandez l’avis de votre médecin avant de commencer, surtout si vous avez des antécédents cardiovasculaires ou oculaires.

Les bases à maîtriser avant de se lancer

Avant de faire la « fausse inspiration » impressionnante vue sur les vidéos, il y a trois points essentiels à maitriser :

  • votre respiration de base
  • votre posture
  • votre capacité à relâcher le ventre (paradoxalement, oui)

Objectif : apprendre à souffler complètement, à grandir la colonne et à laisser le ventre se dégonfler sans crisper les épaules ou les fessiers.

Un repère simple à travailler déjà dans la vie de tous les jours :

  • inspirer par le nez en laissant les côtes s’ouvrir latéralement (comme un parapluie)
  • souffler par la bouche comme à travers une paille, jusqu’à vider l’air au maximum, sans forcer au point de se faire tourner la tête

Plus vous êtes à l’aise avec cette respiration, plus l’hypopressif sera facile et efficace.

Exercice hypopressif de base : le pas à pas

Je vous propose ici une version simplifiée, adaptée aux débutants et inspirée des protocoles les plus utilisés en rééducation. Faites-le de préférence le matin à jeun ou au moins 2 heures après un repas, dans un endroit calme.

Position de départ (allongé)

  • Allongez-vous sur le dos, genoux fléchis, pieds à plat au sol, largeur du bassin.
  • Placez vos bras le long du corps, paumes vers le sol.
  • Allongez la nuque (menton légèrement rentré), comme si quelqu’un vous tirait par le sommet du crâne.
  • Relâchez le ventre, les fessiers et les épaules.

Étape 1 : respiration préparatoire

  • Faites 3 respirations calmes : inspirez par le nez en laissant les côtes s’ouvrir sur les côtés, soufflez par la bouche en rentrant légèrement le nombril vers la colonne, sans crispation.

Étape 2 : vidage complet

  • Inspirez une dernière fois normalement.
  • Puis soufflez par la bouche tout votre air, lentement, jusqu’au bout. Vous devez avoir la sensation d’être « vide ».

Étape 3 : fausse inspiration (apnée)

  • Fermez la bouche et pincez légèrement les lèvres.
  • Sans laisser entrer d’air, faites comme si vous vouliez inspirer fortement par la cage thoracique.
  • Vos côtes s’ouvrent, le sternum se soulève, mais aucun air n’entre. Le ventre se creuse spontanément, le diaphragme remonte.
  • Tenez cette apnée 5 à 10 secondes au début (sans aller au malaise).

Étape 4 : relâchement

  • Lâchez la fausse inspiration, laissez l’air rentrer normalement par le nez.
  • Reposez-vous en respirant calmement 3 ou 4 cycles avant de recommencer.

Au départ, visez 3 à 5 répétitions, 3 fois par semaine. Ce n’est pas la quantité qui compte, mais la qualité. Si vous avez mal à la tête, des vertiges, une douleur thoracique ou un malaise, arrêtez immédiatement.

Progresser : des positions plus fonctionnelles pour le quotidien

Une fois que vous maîtrisez la version allongée, l’objectif est d’amener ce travail dans des positions plus proches de la vie réelle. On peut par exemple passer par :

Position assise

  • Assis sur une chaise, pieds au sol, dos droit (pas collé au dossier).
  • Réalisez le même cycle : respiration préparatoire, vidage, fausse inspiration, relâchement.
  • Veillez à ne pas cambrer excessivement le bas du dos.

Position à quatre pattes

  • À genoux, mains sous les épaules, genoux sous les hanches.
  • Colonne allongée, regard vers le sol.
  • Même principe respiratoire, en veillant à garder le dos stable (pas de dos rond accentué ni de creux exagéré).

Position debout (niveau plus avancé)

  • Debout, pieds largeur du bassin, genoux légèrement fléchis.
  • Imaginez un fil qui vous tire vers le haut par le sommet du crâne.
  • Effectuez vos séquences en gardant le bassin neutre (ni fesses sorties, ni bassin trop en rétroversion forcée).

Dans ces positions, vous commencez à apprendre à engager votre sangle profonde sans pousser vers le bas, ce qui est très utile pour :

  • porter des charges
  • se pencher en avant
  • rester longtemps debout sans se tasser

Un programme réaliste sur 4 semaines

Voici un exemple de progression faisable dans une semaine « normale », sans y passer des heures.

Semaine 1 : découverte

  • 2 à 3 séances par semaine
  • Position allongée uniquement
  • 3 à 5 répétitions par séance, apnées de 5 à 8 secondes

Objectif : trouver la bonne sensation de cage thoracique qui s’ouvre, ventre qui se creuse sans tension dans le cou ou les épaules.

Semaine 2 : consolidation

  • 3 séances par semaine
  • Allongé + assis
  • 4 à 6 répétitions par séance, apnées de 8 à 10 secondes

Objectif : commencer à transférer le travail dans une position assise, proche de votre posture au travail.

Semaine 3 : intégration

  • 3 séances par semaine
  • Assis + quatre pattes
  • 5 à 7 répétitions par séance, apnées jusqu’à 10–12 secondes si bien toléré

Objectif : ajouter la dimension posturale, apprendre à garder un dos stable pendant l’exercice.

Semaine 4 : autonomie

  • 3 à 4 séances par semaine
  • Assis, quatre pattes, éventuellement debout si vous êtes à l’aise
  • 6 à 8 répétitions, apnées adaptées à votre confort (sans chercher la performance)

À ce stade, vous devriez mieux sentir :

  • votre ventre qui se maintient spontanément
  • une posture un peu plus redressée
  • un meilleur contrôle du bas du dos

Sans attendre des miracles esthétiques en 4 semaines, beaucoup de personnes rapportent déjà une différence de confort et de perception corporelle.

Comment combiner hypopressifs, sport et alimentation ?

Pour un ventre plus plat et un périnée renforcé, les hypopressifs sont une pièce du puzzle, pas le puzzle complet. L’idéal est de les intégrer dans un ensemble cohérent :

Sur le plan de l’activité physique :

  • Marche rapide ou vélo : au moins 150 minutes par semaine (par exemple, 30 minutes, 5 jours sur 7).
  • Renforcement musculaire 2 fois par semaine, en privilégiant les exercices qui respectent le périnée (squats contrôlés, gainage modifié, tirages élastiques).
  • Limiter les sauts et les charges lourdes mal contrôlées si vous avez un périnée fragile.

Sur le plan alimentaire :

  • Objectif protéine : environ 1 à 1,2 g de protéines par kilo de poids corporel et par jour chez l’adulte en bonne santé, pour soutenir la masse musculaire.
  • Limiter les sucres rapides (boissons sucrées, pâtisseries, grignotages) qui favorisent la graisse abdominale.
  • Fibre au quotidien (fruits, légumes, légumineuses) pour limiter ballonnements et constipation, qui augmentent aussi la pression abdominale.

Vous pouvez par exemple placer vos hypopressifs :

  • le matin au réveil, avant le petit-déjeuner
  • ou le soir, au calme, après une journée de travail, comme « reset » postural

Les erreurs fréquentes à éviter

Quelques pièges reviennent souvent chez mes patients qui débutent les hypopressifs :

  • forcer comme en apnée sous l’eau : l’objectif n’est pas de battre un record de temps, mais de garder un contrôle calme de la cage thoracique.
  • se crisper dans les épaules et le cou : si vos trapèzes brûlent, c’est que vous compensez. Relâchez et reprenez plus doucement.
  • pousser vers le bas : si vous sentez une pression qui descend dans le bassin, c’est l’inverse de ce que l’on cherche. Stop, revenez à une respiration plus simple, voire faites vérifier la technique par un professionnel.
  • vouloir tout faire seul en cas de vrais symptômes périnéaux : fuites, lourdeurs, douleurs… doivent être évaluées. Un bilan avec un kiné ou une sage-femme spécialisée reste le standard.

Quand est-ce qu’il faut consulter plutôt que persévérer seul ?

Les exercices hypopressifs sont un bon outil de prévention et d’entretien, mais ils ne remplacent pas une prise en charge médicale ou de rééducation quand il y a des signaux d’alerte :

  • fuites urinaires nouvelles ou qui s’aggravent
  • sensation de boule ou de descente dans le vagin ou le rectum
  • douleurs pelviennes, abdominales ou lombaires importantes pendant ou après les exercices
  • douleurs thoraciques, palpitations, vertiges marqués à l’effort ou en apnée

Dans ces cas, consultez votre médecin traitant, votre gynécologue ou un professionnel de rééducation périnéale avant de continuer.

À retenir pour passer à l’action dès cette semaine

Pour résumer de façon pratique :

  • Les exercices hypopressifs travaillent la sangle abdominale profonde et le périnée en diminuant la pression dans le ventre.
  • Ils peuvent contribuer à un ventre plus plat « tenu », mais ne font pas disparaître la graisse à eux seuls.
  • Ils sont particulièrement intéressants après grossesse, en cas de lombalgies ou de périnée fragile, mais doivent être encadrés si vous avez des pathologies particulières.
  • Commencez allongé, 3 fois par semaine, quelques répétitions bien faites valent mieux que 20 bâclées.
  • Intégrez-les dans un ensemble : marche, renforcement musculaire raisonnable, alimentation équilibrée.

Si vous ne deviez faire qu’une chose dans les 48 prochaines heures : prenez 10 minutes, allongez-vous, testez 3 cycles d’exercice hypopressif de base en suivant le pas à pas décrit plus haut. Observez vos sensations, sans vous juger. Ensuite, seulement, décidez si vous voulez en faire un rendez-vous régulier avec votre corps.