Vous avez mal au ventre. Encore. Est-ce que ça vient de ce que vous avez mangé ? Du stress ? Des règles ? Des intestins ? Du foie ? Ou… de « quelque part dans le ventre » sans trop savoir où ?
En consultation, j’entends très souvent : « J’ai mal là, docteur » (avec un doigt posé quelque part entre les côtes et le bassin), puis : « Je ne sais pas ce qu’il y a dans cette zone… ».
Bonne nouvelle : comprendre ce qu’il y a dans votre abdomen aide déjà à mieux interpréter les douleurs, à moins paniquer pour certains symptômes… et à repérer plus vite les vrais signaux d’alerte.
Comment les médecins « découpent » le ventre
Pour s’y retrouver, les médecins ne parlent pas de « mal au ventre » en général. On découpe l’abdomen en zones. Vous pouvez faire la même chose chez vous, devant un miroir :
Divisez mentalement votre ventre en 9 cases :
- En haut : sous les côtes – droite, milieu, gauche
- Au milieu : autour du nombril – droite, centre, gauche
- En bas : au-dessus du pubis – droite, centre, gauche
Autre découpage, plus simple : en 4 quadrants en traçant une croix passant par le nombril :
- En haut à droite
- En haut à gauche
- En bas à droite
- En bas à gauche
Pourquoi c’est important ? Parce que chaque zone correspond à certains organes. Donc, localisation de la douleur = premières hypothèses.
Quels organes se trouvent dans votre abdomen ?
L’abdomen, ce n’est pas qu’un « sac » avec des intestins. On y trouve :
- Des organes digestifs : estomac, intestin grêle, côlon, foie, vésicule biliaire, pancréas, appendice
- Des organes urinaires : reins (un à droite, un à gauche), uretères, vessie
- Des organes génitaux internes (chez la femme) : utérus, ovaires, trompes
- De gros vaisseaux : aorte, veine cave
- Des muscles : paroi abdominale, diaphragme, muscles du dos
- Et aussi : rate (à gauche sous les côtes), ganglions, graisse, péritoine (membrane qui tapisse l’intérieur)
Déjà, vous voyez qu’un même « mal de ventre » peut venir d’organes très différents. D’où l’intérêt de préciser le plus possible : où, comment, depuis quand, dans quel contexte.
Zone par zone : que veut dire une douleur à cet endroit ?
On va parcourir les zones les plus parlantes. Attention : ce n’est pas un outil d’autodiagnostic. C’est un guide pour mieux comprendre… et savoir quand consulter.
Douleur en haut du ventre, au milieu : plutôt estomac ?
Zone : entre le bas du sternum et le nombril, au centre. On parle souvent de « creux de l’estomac » (épigastre).
Organes principaux :
- Estomac
- Début de l’intestin grêle (duodénum)
- Pancréas (situé plus en profondeur)
- Partie du foie (plutôt à droite) et du diaphragme
Douleurs fréquentes dans cette zone :
- Brûlures, douleurs après les repas, remontées acides : souvent liées à un reflux gastro-œsophagien ou à une gastrite.
- Douleur en crampe, améliorée en mangeant puis qui revient : évoque parfois un ulcère (estomac ou duodénum).
- Douleur brutale, intense, en barre, irradiant dans le dos : peut évoquer une pancréatite (urgence).
Quand consulter rapidement ?
- Si la douleur est très violente et soudaine (« coup de poignard »)
- Si vous vomissez du sang ou des vomissements noirs / marron foncé
- Si vous avez en plus un essoufflement, une sueur froide, une douleur dans la poitrine : à faire différencier d’un problème cardiaque
Douleur en haut à droite : le foie ? la vésicule ?
Zone : sous les côtes droites.
Organes principaux :
- Foie
- Vésicule biliaire
- Voies biliaires
- Partie du côlon
- Poumon droit et plèvre (un peu plus haut)
Douleurs typiques :
- Douleur après un repas très gras, en barre, irradiant parfois dans l’épaule droite : peut évoquer une colique hépatique (calcul dans la vésicule biliaire).
- Gêne sous les côtes à droite, sensation de « pesanteur » : parfois liée au foie (hépatite, foie congestionné), mais pas toujours douloureux.
- Point de côté à l’effort : souvent musculaire ou lié à la respiration, sans gravité la plupart du temps.
Signaux d’alerte à ne pas ignorer :
- Douleur à droite + fièvre + vomissements
- Peau et yeux qui jaunissent (jaunisse)
- Douleur augmentée à l’inspiration profonde, avec essoufflement
Douleur en haut à gauche : et la rate dans tout ça ?
Zone : sous les côtes gauches.
Organes principaux :
- Rate
- Partie de l’estomac
- Partie du côlon
- Poumon gauche et plèvre
Douleurs possibles :
- Douleur de type point de côté à gauche : souvent en lien avec l’effort, musculaire ou respiratoire.
- Douleur après un traumatisme (chute, coup, accident) : la rate peut être fragile, un saignement interne est possible.
- Ballonnements, gênes après repas copieux : parfois simplement digestif (gaz, estomac rempli).
Urgence si :
- Douleur intense après un choc + malaise, pâleur, sueurs
- Douleur thoracique associée à un essoufflement important
Douleur autour du nombril : souvent les intestins
Zone : milieu du ventre, autour du nombril.
Organes principaux :
- Intestin grêle
- Partie du côlon
- Gros vaisseaux (aorte)
Douleurs typiques :
- Crampes, gargouillis, diarrhée : gastro-entérite, intoxication alimentaire, infection virale…
- Ballonnements, douleurs diffuses, améliorées après gaz ou selles : souvent colon irritable (SII) ou alimentation inadaptée.
- Douleur qui commence au nombril puis descend en bas à droite : classique dans le début d’une appendicite.
Cas particulier :
- Douleur pulsatile au centre, surtout chez l’homme de plus de 65 ans, fumeur ou hypertendu : peut évoquer un anévrysme de l’aorte abdominale (urgence, mais rare).
Douleur en bas à droite : penser à l’appendice, mais pas seulement
Zone : fosse iliaque droite, en bas à droite du ventre.
Organes principaux :
- Appendice
- Côlon droit
- Chez la femme : ovaire droit, trompe
- Uretère droit (conduit du rein à la vessie)
Douleurs fréquentes :
- Douleur qui s’installe progressivement, augmentée à la marche, à la toux, parfois associée à fièvre modérée, nausées : possible appendicite.
- Douleur très intense, par vagues, irradiant vers les organes génitaux ou le dos : possible colique néphrétique (calcul rénal qui descend dans l’uretère).
- Chez la femme : douleur liée au cycle, parfois avec pertes vaginales anormales : causes gynécologiques (kyste ovarien, infection pelvienne…).
Urgence si :
- Douleur en bas à droite + fièvre + impossibilité de bouger sans douleur
- Douleur soudaine, très intense, avec vomissements importants
- Chez la femme : douleur brutale + retard de règles + saignements vaginaux (risque de grossesse extra-utérine)
Douleur en bas à gauche : souvent le côlon
Zone : fosse iliaque gauche, en bas à gauche.
Organes principaux :
- Côlon gauche et sigmoïde
- Chez la femme : ovaire gauche, trompe
- Uretère gauche
Douleurs fréquentes :
- Douleurs à type de crampes, alternance diarrhée/constipation : fréquent dans le syndrome de l’intestin irritable.
- Douleur localisée, continue, fièvre, troubles du transit : peut évoquer une diverticulite (inflammation de petites « poches » du côlon), surtout après 50 ans.
- Chez la femme : douleurs cycliques, pendant les règles : endométriose, douleurs ovariennes, utérines…
Quand s’inquiéter ?
- Douleur localisée + fièvre + impossibilité de vous alimenter correctement
- Sang dans les selles
- Douleur persistante depuis plusieurs semaines avec amaigrissement non expliqué
Douleur au bas du ventre, au milieu : intestin, vessie, utérus
Zone : juste au-dessus de l’os du pubis.
Organes principaux :
- Vessie
- Dernière partie du côlon
- Chez la femme : utérus
Douleurs possibles :
- Brûlures en urinant, envies fréquentes, sensation de pesanteur : classique dans la cystite (infection urinaire).
- Douleur en bas du ventre pendant les règles : règles douloureuses, parfois endométriose si très intense et invalidant.
- Crampes avec diarrhée ou constipation : colon irritable ou simple épisode digestif.
Signaux d’alerte :
- Fièvre + douleurs en urinant + douleurs lombaires (risque de pyélonéphrite, infection du rein)
- Chez la femme : douleurs violentes + saignements + malaise
- Sang dans les urines, surtout si répété
Et si ce n’était pas un organe « interne » ?
Parfois, la douleur vient de la paroi, et pas des organes profonds :
- Douleur qui augmente à la palpation très localisée, ou à la contraction des abdos : souvent musculaire, ou petite hernie.
- Douleur après un faux mouvement, un effort de port de charge : contracture musculaire, élongation.
- Sensations de tiraillement après une grossesse, une chirurgie : cicatrice, muscles abdominaux sollicités.
Autre piège classique : des douleurs ressenties dans le ventre, mais venant d’ailleurs :
- De la colonne vertébrale (nerfs irrités)
- Du thorax (cœur, poumons) avec irradiation vers le haut du ventre
C’est pour cela que l’interrogatoire médical est si important : contexte, gestes, symptômes associés…
Douleur au ventre : les questions à vous poser avant d’en parler à un médecin
Pour aider à interpréter vos douleurs, et gagner du temps en consultation, vous pouvez vous demander :
- Où exactement ai-je mal ? (montrez avec un doigt, pas toute la main si possible)
- Depuis quand ? (heures, jours, semaines, mois)
- Comment ça fait mal ? (brûlure, crampe, coup de poignard, pesanteur…)
- Qu’est-ce qui déclenche ou aggrave ? (repas, effort, position, règles, stress)
- Qu’est-ce qui soulage ? (repos, chaleur, médicaments, manger, aller à la selle)
- Y a-t-il d’autres signes ? (fièvre, vomissements, diarrhée, constipation, sang dans les selles ou urines, perte de poids, fatigue…)
Ces éléments orientent déjà beaucoup vers le bon organe… et donc vers les bons examens à faire, si besoin.
Quand faut-il consulter en urgence pour un mal de ventre ?
La majorité des douleurs abdominales ne sont pas graves. Mais certains signes imposent de ne pas attendre :
- Douleur très intense, soudaine, qui ne cède pas en quelques heures
- Douleur + fièvre élevée (au-delà de 38,5–39 °C)
- Douleur + vomissements répétés, impossibilité de garder de l’eau
- Ventre dur, très sensible, impossible à toucher
- Sang dans les vomissements ou les selles (rouge ou noir)
- Malaise, sueurs froides, sensation de grande faiblesse
- Chez la femme enceinte : toute douleur abdominale importante doit être évaluée
Dans ces cas-là : urgences. Mieux vaut un bilan rassurant qu’un retard sur un problème sérieux.
Ce que vous pouvez faire au quotidien pour « aider » vos organes du ventre
On ne choisit pas tous ses organes, ni ses gènes. Mais on peut les aider avec quelques habitudes simples :
- Manger plus lentement : au moins 20 minutes par repas pour limiter les ballonnements et les reflux.
- Limiter l’alcool : pour ménager votre foie et votre pancréas.
- Surveiller les graisses très animales et les gros repas gras : surtout si vous avez déjà des calculs biliaires.
- Bouger chaque jour : marche, vélo, activité douce → stimule le transit, limite la constipation.
- Boire suffisamment : environ 1,5 L par jour (plus en cas de chaleur ou sport), sauf contre-indication médicale.
- Observer votre transit : trop de constipation ou de diarrhée chronique mérite un avis médical.
- Arrêter de fumer : bénéfique pour tout l’organisme, y compris les artères abdominales et les organes digestifs.
Et surtout : ne pas multiplier l’automédication d’anti-inflammatoires, d’antalgiques puissants ou de laxatifs sans contrôle. Certains médicaments agressent l’estomac, masquent des symptômes ou aggravent certains problèmes.
Mieux connaître son abdomen, c’est mieux gérer ses douleurs
Sans devenir radiologue ou chirurgien, vous pouvez déjà :
- Situer vos douleurs par zone (haut, milieu, bas ; droite, gauche, centre)
- Relier grossièrement chaque zone à quelques organes principaux
- Repérer les signes qui rassurent (douleur brève, liée à un excès alimentaire, améliorée rapidement)
- Identifier les signaux d’alarme qui justifient une consultation rapide
La prochaine fois que vous aurez mal au ventre, au lieu de penser « encore ce fichu ventre », posez-vous ces trois questions simples :
- Où exactement ?
- Dans quel contexte ?
- Avec quels autres symptômes ?
C’est déjà une démarche de prévention. Et c’est exactement le type d’observation qui nous aide, nous médecins, à faire la différence entre un trouble bénin et une urgence.
Votre abdomen n’est pas une boîte noire mystérieuse : c’est un ensemble d’organes qui travaillent ensemble en continu. Le comprendre un peu mieux, c’est déjà en prendre soin.